Journal d'un passant

J-10

21 septembre 1999

Les amoureux des bancs publics vont être heureux.

Après les téléphones rouges - qui fonctionnent toujours - tous les 50 mètres, après les poubelles vertes et jaunes tous les 25 mètres, après les massifs de fleurs en pot tous les 5 mètres, les pékinois découvrent le banc publique dans la rue.

Les jardins de la ville possèdent bien quelques vieux bancs éparpillés ici ou là, au détour d'un bosquet. Mais les rues et avenues en étaient privées jusqu'à ce jour.

Et comme toujours, la Chine pèche par excès. La où le passant aurait imaginé une poignée de bancs harmonieusement disposés, c'est une masse indénombrable qui a été plantée en dépit du bon sens (celui du passant).

On pourrait dire, pour la défense d'un bon sens diffèrent, que les chinois sont nombreux, on pourrait dire qu'il est agréable de se reposer sous le troisième périphérique ou le nez dans les gaz d'échappements de Chang An Jie, on pourrait le dire, mais je ne m'y aventure pas.

Peut être la multitude a pour objet de dissuader les amoureux de se bécoter sur les bancs publiques? Pour l'instant, seuls les vieux qui arpentent lentement la rue en profitent, alors pour ce qui est de se bécoter...

Les bancs seront-ils utilisés le 1er octobre? On en vient à se le demander. La répétition générale de demain ne semble pas l'indiquer. La ville sera complètement interdite à la circulation, même piétonne! Les bâtiments donnant sur Chang An Jie seront fermés. Un jour de congé obligatoire que l'on vient tout juste d'annoncer. Cela ne surprendra pas le connaisseur.

La question se pose alors : que faire le premier octobre? Une seule solution : Chaussez chaussons, s'affaler seul ou en famille devant la tévé et s'esbaudir devant la fête populaire du siècle réservée aux privilégiés.